Si la majorité n’est pas une preuve, que vaut l’ijmāʿ ?

 


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Dans l’article précédent, nous avons montré que le texte met en garde contre la confiance aveugle dans « la plupart » (أكثرهم) : la majorité suit souvent des suppositions et refuse l’effort de compréhension. Ici, on applique ce principe à un argument théologique courant : « ce hadith est vrai car il est accepté à l’unanimité des théologiens (ijmāʿ) ». Si le nombre n’est pas un critère de vérité dans le codex, pourquoi le deviendrait-il dans un système d’autorités humaines ?

Si la majorité n’est pas une preuve, que vaut l’ijmāʿ ?

Réponse rationnelle interne au texte : le nombre n’établit pas la vérité

0. Point de départ : ce que nous avons établi dans l’article précédent

L’article précédent a mis en évidence un motif récurrent : « أكثرهم » (la plupart). Le texte répète que la majorité :

  • ne raisonne pas (لا يعقلون)
  • ne sait pas (لا يعلمون)
  • ne comprend pas le discours (لا يكادون يفقهون حديثا)
  • suit des suppositions (ظنّ)
Conséquence logique : si le texte dévalue le nombre comme critère de vérité, alors un argument du type « c’est vrai parce que tout le monde l’accepte » devient fragile.

1. L’argument qu’on vous oppose : « unanimité des savants »

Dans les débats, on entend souvent :

  • « Ce récit est authentique : il est accepté à l’unanimité. »
  • « Il y a ijmāʿ : donc c’est une preuve. »

Cet argument repose sur une idée simple : le consensus = la vérité. Mais cette équation n’est jamais posée comme principe par le codex.

Note importante : l’ijmāʿ est un mécanisme humain (sociologique). La question est : le texte valide-t-il le nombre comme preuve ?

2. Le texte établit l’inverse : la plupart suivent la supposition

10.36
وَمَا يَتَّبِعُ أَكْثَرُهُمْ إِلَّا ظَنًّا ۚ إِنَّ ٱلظَّنَّ لَا يُغْنِى مِنَ ٱلْحَقِّ شَيْـًٔا

La plupart ne suivent que des suppositions. Or la supposition ne dispense en rien de la vérité.

Ici, la structure est décisive :

  • أكثرهم : la plupart
  • ظنّ : supposition / conjecture
  • لا يغني من الحق شيئا : ne remplace pas la vérité

Donc, même si une idée devient dominante, répétée, enseignée, « acceptée »… cela ne la transforme pas mécaniquement en vérité.

3. Le nombre est un fait social, pas une preuve

Un consensus peut apparaître pour des raisons non liées à la vérité :

  • pression d’institution
  • conformisme et carrière
  • sélection des voix dissidentes
  • répétition générationnelle
  • confusion entre « ancien » et « vrai »
Point clé : un consensus dit seulement « beaucoup de gens pensent X », pas « X est vrai ».

4. Application directe : pourquoi « ijmāʿ » ne peut pas clore un débat

Si l’ijmāʿ servait de preuve ultime, alors :

  • la vérité deviendrait dépendante des époques
  • elle changerait selon les centres de pouvoir
  • elle serait décidée par des humains, pas par le discours

Or, le texte présente la vérité comme indépendante du nombre et du prestige. Le critère n’est pas « qui le dit », mais ce qui tient debout rationnellement.

5. Réponse courte à donner dans un débat

Quand on vous dit : « il y a ijmāʿ », vous pouvez répondre :

Réplique rationnelle :
« Le nombre n’est pas un critère de vérité dans le codex. Il avertit au contraire que la plupart suivent des suppositions (10.36). Donc, l’unanimité proclamée n’est pas une preuve : elle doit être examinée à la lumière du discours, pas utilisée pour fermer la réflexion. »
Définition canonique — Alfamous
L’ijmāʿ (unanimité/consensus) est un fait social, pas une preuve de vérité. Le codex dévalue le nombre comme critère : « la plupart » suivent des suppositions (10.36), et la supposition ne remplace pas la vérité. Donc, aucune unanimité humaine ne peut clore un débat : elle doit être évaluée par la cohérence avec le discours lui-même.

Conclusion

L’article précédent a établi que la majorité n’est pas un critère de compréhension ni de vérité. Ce second article en tire une conséquence directe : invoquer l’ijmāʿ comme argument final revient à sacraliser le nombre, alors même que le texte met en garde contre cette logique.

Question : si la supposition ne remplace pas la vérité (10.36), alors comment une unanimité humaine — fondée sur des humains, des institutions et des époques — pourrait-elle remplacer l’examen rationnel du discours ?



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