Le ṣawm (صوم) n’est pas la faim, mais la taqwā (وقى) et la transmission

 

Le sawm n’est pas la faim. C’est la taqwā.
Le Coran prescrit le ṣiyām « afin que vous développiez la taqwā » (2.183). Ici, le ṣiyām n’est pas un rituel de privation, mais un effort de lecture, d’étude et de transmission du Livre. Ceux qui en ont la capacité doivent « jeûner » (étudier), puis nourrir les esprits immobilisés (miskīn) par l’explication et le tabyīn. La finalité n’est pas le corps : c’est la vigilance, la lucidité, et la responsabilité de ne pas cacher ce qu’on a compris.
DigneDeFoi.info

06/02/2026

Définitions de travail (indispensables)

Cet article poursuit la même méthode que le précédent : lecture interne au Coran, cohérence des racines, sans traditions ni ritualisme importés après le texte.

  • ṣiyām / sawm (صيام) : discipline d’étude et d’intégration du Livre. Ici, « manger » et « boire » renvoient à l’assimilation du contenu, pas à la physiologie.
  • taqwā (وقى) : vigilance, lucidité, garde intérieure contre l’erreur, le camouflage et la trahison du sens. C’est la finalité explicitement annoncée du ṣiyām.
  • shahida (شهد) : attester après constat, donc comprendre, vérifier, étudier, être témoin en connaissance.
  • shahr (شهر) : ce que Dieu rend manifeste et public (ce qu’Il “rend fameux / apparent”), lié à la mise en visibilité du message et de ses indications.
  • yutīqūnahu (يطيقونه) : avoir la capacité réelle (intellectuelle, méthodologique, expressive) d’assumer la tâche.
  • miskīn (مسكين) : esprit immobilisé, figé, incapable d’entrer seul dans l’effort d’étude. Le texte ne dit pas « faqīr ».
  • ṭaʿām (طعام) : nourriture au sens large ; ici, nourriture de l’âme et de l’intelligence : clarification, explication, enseignement.
  • mubāshara (مباشرة) : contact direct, interaction sans écran ; ici, interaction pédagogique et explicative, non une lecture sexualisée automatique.
  • nisāʾ (نساء) : catégories “faibles / non dominantes” selon le champ ; dans ce contexte, faibles en capacité d’étude autonome, nécessitant accompagnement par tabyīn.

Thèse

Le Coran ne présente pas le ṣiyām comme un exercice de faim et de soif. Il le présente comme une méthode de formation intérieure dont la finalité est la taqwā (2.183), et dont l’issue sociale est le tabyīn (clarification) et la transmission à ceux qui ne peuvent pas “jeûner” par eux-mêmes.

1) Finalité explicite du ṣiyām : la taqwā (2.183)

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ كُتِبَ عَلَيْكُمُ ٱلصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى ٱلَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
2.183
Le texte donne la finalité du ṣiyām : لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ. La taqwā est l’objectif : vigilance, lucidité, garde intérieure. Si l’objectif est la taqwā, alors le ṣiyām vise d’abord la formation de l’intelligence et du discernement, pas une performance biologique.

2) Ceux qui ont la capacité doivent nourrir le miskīn (2.184)

وَعَلَى ٱلَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ ۖ فَمَن تَطَوَّعَ خَيْرًا فَهُوَ خَيْرٌ لَّهُ ۚ وَأَن تَصُومُوا۟ خَيْرٌ لَّكُمْ إِن كُنتُمْ تَعْلَمُونَ
2.184
Le verset parle de ceux qui en ont la capacité (يطيقونه) et d’une compensation liée à ṭaʿām (nourriture) pour un miskīn (esprit immobilisé). Le texte ne dit pas « faqīr » (pauvreté matérielle) : il désigne une incapacité intérieure à porter l’effort. La “nourriture” devient alors une action de clarification, explication et transmission.

3) « Si vous savez » : le ṣiyām est lié au savoir (2.184)

Le verset se termine par : إِن كُنتُمْ تَعْلَمُونَ. Cela rattache directement le ṣiyām à la capacité de savoir, d’apprendre, de lire et de comprendre. Dans cette logique, le ṣiyām est une discipline d’étude qui produit la taqwā.

4) Le cœur de la mission : transmettre les رسالات (33.39)

ٱلَّذِينَ يُبَلِّغُونَ رِسَـٰلَـٰتِ ٱللَّهِ وَيَخْشَوْنَهُ وَلَا يَخْشَوْنَ أَحَدًا إِلَّا ٱللَّهَ ۗ وَكَفَىٰ بِٱللَّهِ حَسِيبًا
33.39
Le texte valorise ceux qui transmettent les رسالات (messages, contenus) de Dieu avec courage et responsabilité. Le ṣiyām, compris comme immersion dans le Livre, débouche naturellement sur le tabyīn et le tablīgh.

5) La transmission n’est pas donnée à tous : l’exemple de Moïse (20.25–28)

قَالَ رَبِّ ٱشْرَحْ لِى صَدْرِى وَيَسِّرْ لِىٓ أَمْرِى وَٱحْلُلْ عُقْدَةً مِّن لِّسَانِى يَفْقَهُوا۟ قَوْلِى
20.25–28
Moïse demande de l’aide pour être compris. Cela montre que le tablīgh (capacité de transmettre clairement) est une compétence réelle, et qu’elle n’est pas automatiquement partagée par tous.

6) « Mubāshara an-nisāʾ » : cohérence contextuelle et lecture non sexualisée (2.187)

أُحِلَّ لَكُمْ لَيْلَةَ ٱلصِّيَامِ ٱلرَّفَثُ إِلَىٰ نِسَآئِكُمْ وَلَا تُبَـٰشِرُوهُنَّ وَأَنتُمْ عَـٰكِفُونَ فِى ٱلْمَسَـٰجِدِ
2.187
Le verset associe ṣiyām, mubāshara et iʿtikāf. Dans une lecture fonctionnelle, mubāshara signifie contact direct, et nisāʾ

7) Le but social du ṣiyām : le tabyīn des ayat pour les الناس (2.187)

كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ ٱللَّهُ ءَايَـٰتِهِۦ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
2.187
Le texte boucle sur la même finalité : la taqwā. Le tabyīn (clarification) des ayat pour les gens est présenté comme une voie vers la vigilance intérieure. Le ṣiyām mène au tabyīn ; le tabyīn mène à la taqwā.

8) Obligation de clarifier et de ne pas cacher (3.187)

وَإِذْ أَخَذَ ٱللَّهُ مِيثَـٰقَ ٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَـٰبَ لَتُبَيِّنُنَّهُۥ لِلنَّاسِ وَلَا تَكْتُمُونَهُ
3.187
Le tabyīn (clarifier) est posé comme un pacte : rendre explicite pour les gens et ne pas dissimuler. Le ṣiyām compris comme étude mène naturellement à cette responsabilité.

Conclusion

Le Coran prescrit le ṣiyām pour une finalité précise : la taqwā (2.183). La taqwā n’est pas la faim, mais une vigilance : ne pas trahir le sens, ne pas cacher, ne pas manipuler. Ceux qui ont la capacité (2.184) doivent étudier, puis nourrir les esprits immobilisés (miskīn) par le tabyīn. Le ṣiyām devient ainsi une méthode : formation intérieure + clarification sociale + taqwā.

Question finale :

Si le ṣiyām mène à la taqwā, qu’as-tu appris, clarifié et transmis cette année ?

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