La nostalgie trompeuse de l’islam de nos parents
Réponse critique à un texte nostalgique : ce qui a changé n’est pas la foi, mais le terrain social — et l’islamisme est passé d’une déformation diffuse à une idéologie totale.
On lit souvent des messages disant : « je préfère l’islam de mes parents ». L’idée est presque toujours la même : autrefois, la religion était moins visible, moins “spectacle”, et pourtant la société paraissait plus morale, plus douce, plus sûre. Ce ressenti est compréhensible… mais il devient dangereux si on se trompe de diagnostic.
Car ce texte nostalgique ne regrette pas seulement une ambiance sociale : il risque aussi de blanchir, sans le vouloir, un islamisme ancien qui existait déjà — et qui, depuis, s’est amplifié jusqu’à corrompre tout ce qu’il touche.
1) Une nostalgie sociale, pas religieuse
Ce que beaucoup regrettent, ce n’est pas “un islam pur” disparu. C’est un monde social qui tenait encore grâce à des piliers aujourd’hui fragilisés :
- la famille élargie et la solidarité de proximité ;
- la parole donnée et la réputation ;
- une forme de retenue (honte morale, limites sociales) ;
- un minimum de confiance collective.
Quand ces garde-fous existent, la morale ne dépend pas d’un uniforme religieux. La société peut rester décente même si la religion est peu ostentatoire.
2) Oui, l’islamisme existait déjà — mais il était moins structuré
Il faut être clair : l’islamisme d’hier n’était pas “innocent”. Il existait déjà sous forme de déformations, de raccourcis, de rites vidés de sens, de sacralisation sociale. La différence, c’est qu’il n’avait pas encore envahi tout l’espace symbolique.
Exemple : le “hadji” d’hier. Beaucoup le présentent comme plus sincère : peu de voyageurs, plutôt des personnes âgées, et un retour célébré.
Mais même hier, cela pouvait déjà être une aberration de sens : le حَجّ coranique ne se réduit pas à un voyage sacralisé, ni à un statut social, ni à une “purification automatique”. La déformation existait ; elle était simplement moins massive, moins rentable, moins instrumentalisée.
Autrefois, ces dérives restaient souvent “contenues” par des liens sociaux encore solides. Aujourd’hui, elles sont devenues un système.
3) La vraie rupture : de la déformation diffuse à l’idéologie totale
Ce qui a changé, ce n’est pas seulement le nombre de mosquées, de signes visibles ou de rites. C’est la fonction sociale de la religion :
- elle devient une identité de façade ;
- elle sert à contrôler, juger, classer ;
- elle remplace la justice par la moralisation ;
- elle transforme la foi en performance sociale.
Plus la société se dégrade, plus l’ostentation augmente. Quand la confiance disparaît, on multiplie les verrous… et on multiplie aussi les apparences de piété. Ce n’est pas un progrès moral : c’est souvent une compensation.
4) L’erreur de la nostalgie
Dire « l’islam de nos parents était meilleur » mélange deux choses différentes : la décence sociale d’un contexte et la justesse d’un sens.
On peut regretter l’époque où les voisins se saluaient, où les portes restaient ouvertes, où l’amitié avait du poids. Mais idéaliser le “religieux d’hier” revient parfois à oublier que certaines déformations ont justement servi de terreau à l’islamisme d’aujourd’hui.
Le bon diagnostic n’est pas : « avant c’était mieux parce que c’était moins visible ». Le bon diagnostic, c’est : « avant, la société tenait encore… et aujourd’hui le vide a été rempli par une religion-spectacle ».
5) Ce qui ressemble à la foi n’est pas forcément la foi
Une société ne devient pas plus juste parce que les rites augmentent. La foi se reconnaît à des marqueurs simples, concrets, vérifiables :
- fiabilité, parole tenue ;
- justice, même contre soi ;
- droiture, cohérence entre discours et actes ;
- refus de l’hypocrisie et de la prédation.
Quand ces valeurs reculent, l’ostentation peut monter… tout en masquant un effondrement moral.
Conclusion
Le passé n’était pas pur : l’islamisme existait déjà. Mais il a changé d’échelle : il a trouvé un terrain fertile — injustice, misère, effondrement éducatif, perte des liens — et il s’est transformé en idéologie envahissante.
La sortie n’est donc pas un retour nostalgique, mais une reconstruction : retrouver le sens, refuser la religion-spectacle, et remettre la justice et la fiabilité au centre.

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