Le ṣiyām n’est pas la faim كتب عليكم et la question du sens

 


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Pourquoi a-t-on réduit الصيام à “la faim” alors que le texte lui donne une finalité éthique (التقوى) et qu’il l’emploie aussi comme silence (19.26) et comme équivalent mesurable (5.95) ? Cette lecture propose une formalisation interne : ṣawm / ṣiyām = retenue disciplinée et effort d’intégration (mécanisme de “radical intérieur”), orienté vers la justesse (عدل) et la transmission.
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Le ṣiyām n’est pas la faim كتب عليكم et la question du sens

Questions pour réfléchir avant de lire
  • Pourquoi insiste-t-on sur كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ (2.183) comme si “كتب” signifiait toujours “obligation rituelle”, alors que le même verbe apparaît aussi pour القتال (2.246, 4.77) et même pour des hypothèses extrêmes (4.66) ?
  • Comment peut-on “évaluer” une faute par de la “faim” alors que 5.95 parle d’un عَدْلُ ذَٰلِكَ صِيَامًا (un équivalent mesurable) ?
  • Pourquoi شَهْر est-il automatiquement lu “mois lunaire”, alors que nous le comprenons comme publication / mise en visibilité du message ?
  • Si يوم peut aller d’un instant à 50 000 ans selon “ce que vous comptez”, que valent nos automatismes calendaires sur le ṣiyām ?

Méthode : lecture interne au Coran (cohérence des racines, contexte, structure), sans recours aux traditions. Rappel de nos axiomes : شهر = publication (pas “mois lunaire”); يوم = période variable; التقوى est proche de العدل (5.8).


1) Formaliser كتب عليكم écrire un cadre, pas fabriquer un rite

Le verbe كتب (kataba) “consigne / fixe / prescrit dans un cadre” n’impose pas mécaniquement un rituel. On le voit déjà quand كتب porte sur des choses non ritualisables comme marque identitaire : كُتِبَ عَلَيْكُمُ الْقِتَالُ (2.246, 4.77) — et même des hypothèses tests de sincérité (4.66). Donc, كتب sert à définir une règle-cadre et à éprouver l’éthique, pas à sacraliser une pratique biologique.

[2.183]
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ كُتِبَ عَلَيْكُمُ ٱلصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى ٱلَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ

Traduction (lecture fonctionnelle) : Ô vous les gens de foi, il a été fixé pour vous une discipline de retenue (ṣiyām), comme elle fut fixée à d’autres avant vous, afin que vous approchiez la taqwā (vigilance/justesse intérieure).

Point de formalisation : si la finalité explicite est لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ, alors le cœur du ṣiyām est un travail intérieur qui produit la vigilance et la justesse, pas une performance physiologique.

2) التقوى قريب من العدل taqwā comme proximité de la justesse

[5.8]
ٱعْدِلُوا۟ هُوَ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَىٰ وَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ

Traduction : Soyez justes : cela est plus proche de la taqwā. Et gardez-vous (vigilance) envers Dieu.

Ici, le texte fait une articulation : العدل (justesse/équilibre/réajustement) est “plus proche” de التقوى. Donc, lire le ṣiyām comme un outil de taqwā revient à le lire comme une discipline qui fabrique de la justesse : correction, réajustement, équilibre, équivalence (sens présents dans عدل).

3) عدل ذلك صياما une équivalence mesurable donc pas “faim”

[5.95]
... أَوْ كَفَّـٰرَةٌ طَعَامُ مَسَـٰكِينَ أَوْ عَدْلُ ذَٰلِكَ صِيَامًا لِّيَذُوقَ وَبَالَ أَمْرِهِۦ ...

Traduction (noyau utile) : ... ou bien une compensation : nourrir des esprits immobilisés (masākīn), ou bien l’équivalent de cela en ṣiyām, afin qu’il goûte la conséquence de son acte ...

Notre objection est décisive : comment “évaluer” une valeur par de la faim ? Le texte parle d’équivalence (عدل ذلك). La formalisation la plus rationnelle est donc :

  • ṭaʿām = nourriture au sens large (ici, aussi nourriture de l’esprit : clarification, transmission, réparation sociale).
  • ṣiyām = une retenue disciplinée qui se traduit concrètement par un travail/effort mesurable (service social, contribution, réparation), jusqu’à atteindre l’équivalent de la faute.
Formalisation proposée (cohérente avec 5.95) : “صيام” peut fonctionner comme temps de service / effort sans contrepartie (réparation), dont la valeur devient comparable à une compensation matérielle — ce que la “faim” ne permet pas de calculer.

4) Maryam 19.26 ṣawm comme retenue de parole et gestion du temps

[19.26]
فَكُلِى وَٱشْرَبِى وَقَرِّى عَيْنًا فَإِمَّا تَرَيِنَّ مِنَ ٱلْبَشَرِ أَحَدًا فَقُولِىٓ إِنِّى نَذَرْتُ لِلرَّحْمَـٰنِ صَوْمًا فَلَنْ أُكَلِّمَ ٱلْيَوْمَ إِنسِيًّا

Traduction (fonctionnelle) : Mange, bois, et apaise-toi. Puis si tu vois un humain, dis : “J’ai voué au Tout-Miséricordieux un ṣawm, alors je ne parlerai pas aujourd’hui à un humain.”

Ici, le texte lui-même explicite l’effet : فَلَنْ أُكَلِّمَ (je ne parlerai pas). Cela confirme que le noyau de ṣawm est la retenue (abstention ciblée). Et notre remarque est plausible : dans un contexte de mission/épreuve, “ṣawm” peut aussi signifier se consacrer à une tâche au point de ne pas avoir de disponibilité sociale (parole/discussion).

5) Publication شهر et période يوم sortir du réflexe calendaire

Si شهر = publication / mise en visibilité, alors 2.185 se lit naturellement : dès que l’humain “atteste” (شهد) la publication, il entre dans la discipline de ṣiyām liée au Livre. Et si يوم est une période variable, l’objectif redevient central : la discipline n’est pas un calendrier identitaire, mais une architecture de transformation.

Rappel clé : nous avons défini “intégrer” comme un mécanisme de radical intérieur. Dans ce cadre, “manger/boire” peut se lire comme assimiler (contenu, sens, guidance), et le ṣiyām comme le protocole qui rend cette assimilation possible (retenue, focalisation, rigueur).

6) Synthèse une définition unifiée pour les 11 occurrences

En tenant ensemble 2.183–187, 5.95, 19.26, et les occurrences d’expiation (4.92, 5.89, 58.4, 2.196), on peut formaliser un noyau unique :

  • ṣawm / ṣiyām = retenue disciplinée (abstention ciblée) au service d’une finalité éthique.
  • Cette retenue peut prendre plusieurs formes selon le contexte : silence (19.26), réparation mesurable (5.95), discipline d’intégration du Livre (2.183–187) produisant taqwā proche de ʿadl (5.8).

Définition canonique — Alfamous (copiable)
الصيام / الصوم = امتناعٌ منضبطٌ (تَرَكٌ مُرَكَّز) يُعادَلُ بالعدل ويُنتِجُ التقوى. يتجلّى بحسب السياق: صمتٌ (19.26)، خدمة/إصلاحٌ مُقَدَّرٌ (5.95)، وانغماسٌ في الكتاب يفضي إلى التبيين والعدل (2.183–187, 5.8). شهر = نشر/إظهار (publication) لا “شهر قمري”. يوم = مدّة/فترة تتغيّر بحسب ما تُحصون. التقوى = يقظة/حراسةٌ داخلية تقرب من العدل. كتب عليكم = تثبيتُ إطارٍ أخلاقي/قانوني، لا صناعةُ طقسٍ جسدي.
Phrase centrale à retenir
Quand le Coran parle de ṣiyām, il vise d’abord une discipline de retenue qui fabrique la taqwā (proche de l’ʿadl) et qui peut se traduire par service/réparation ou par intégration/transmission — pas par une “faim” érigée en identité.

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Question finale

Si العدل est “plus proche de la التقوى” (5.8), alors ton ṣiyām a-t-il produit cette année plus de justesse (réajustement, équivalence, réparation, clarté) — ou seulement une habitude calendaire sans effet sur ton éthique ?

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