Kun fayakūn et la capacité humaine à manifester

 


Résumé — DigneDeFoi.info
Le Coran répète « كن فيكون » comme une loi d’exécution : quand Allah décide, l’ordre se réalise. L’humain, lui, reçoit un rūḥ (principe d’animation / architecture consciente) et un vrai pouvoir de choix, mais il agit à l’intérieur d’un système régi par des lois. Même lorsque l’humain “fait” quelque chose d’exceptionnel, le texte insiste : « بإذن الله » (dans un cadre autorisé). La transformation du réel n’est donc pas une “incantation mentale”, mais une trajectoire : intention → action → résultat selon la Loi.

Kun fayakūn et la capacité humaine à manifester

Note méthodologique
Cette analyse s’appuie uniquement sur le texte coranique et sur une lecture rationnelle du contexte et des structures. On évite les récits postérieurs et les autorités externes. Les références de versets sont données au format alfamous (ex. 2.117).

1) « كن فيكون » : un mécanisme d’exécution, pas une formule magique

Le motif est constant : décision arrêtée → ordre → réalisation. Le texte associe souvent « كن فيكون » à قضى أمرًا (déterminer / décréter / décider), ce qui suggère une loi d’exécution, non une incantation.

Verset (2.117)
بَدِيعُ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ ۖ وَإِذَا قَضَىٰٓ أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُۥ كُن فَيَكُونُ
Il est l’Inventeur des cieux et de la terre. Lorsqu’Il décide une affaire, Il lui dit : « Sois », et cela devient.
Verset (36.82)
إِنَّمَآ أَمْرُهُۥٓ إِذَآ أَرَادَ شَيْـًٔا أَن يَقُولَ لَهُۥ كُن فَيَكُونُ
Son ordre, quand Il veut une chose, est de lui dire : « Sois », et elle devient.

2) L’humain reçoit le rūḥ : puissance dérivée, pas souveraineté créatrice

Le Coran décrit une “mise en forme” puis un “insufflement” du rūḥ. Dans une lecture systémique, on peut comprendre cela comme un principe d’animation / d’architecture consciente (une sorte de “programme primaire” permettant au corps de fonctionner et de décider). Mais le texte ne dit pas : “l’humain devient une portion divine qui crée par pensée”.

Verset (15.29)
فَإِذَا سَوَّيْتُهُۥ وَنَفَخْتُ فِيهِ مِن رُّوحِى فَقَعُوا۟ لَهُۥ سَـٰجِدِينَ
Quand Je l’ai façonné et que J’ai insufflé en lui de Mon rūḥ, alors… (la suite du verset poursuit le récit).
Verset (32.9)
ثُمَّ سَوَّىٰهُ وَنَفَخَ فِيهِ مِن رُّوحِهِۦ وَجَعَلَ لَكُمُ ٱلسَّمْعَ وَٱلْأَبْصَـٰرَ وَٱلْأَفْـِٔدَةَ ۚ قَلِيلًا مَّا تَشْكُرُونَ
Puis Il l’a façonné, et Il a insufflé en lui de Son rūḥ. Et Il vous a donné l’ouïe, la vue et les cœurs (centres de décision).
Note importante
Recevoir le rūḥ n’implique pas automatiquement “créer la réalité par simple pensée”. Le texte met plutôt en avant des facultés : percevoir, comprendre, choisir, agir — à l’intérieur d’un système réglé.

3) Quand l’humain “crée” : le texte insiste sur « بإذن الله »

Le passage (3.49) est déterminant : l’humain (ici, Jesus, fils de Meriem) initie une forme et un souffle, mais la réalisation est explicitement encadrée par « بإذن الله ». Cela indique une puissance déléguée / conditionnée, non une souveraineté autonome.

Verset (3.49)
أَنِّىٓ أَخْلُقُ لَكُم مِّنَ ٱلطِّينِ كَهَيْـَٔةِ ٱلطَّيْرِ فَأَنفُخُ فِيهِ فَيَكُونُ طَيْرًۢا بِإِذْنِٱللَّهِ ... وَأُحْىِ ٱلْمَوْتَىٰ بِإِذْنِ ٱللَّهِ ...
Je façonne pour vous, d’argile, une forme comme celle d’un oiseau, puis je souffle dedans : et cela devient un oiseau par permission d’Allah… et je redonne vie par permission d’Allah

4) Libre arbitre : choix réel, mais champ d’action limité

Le libre arbitre est affirmé : l’humain peut choisir d’appliquer la voie de la foi ou de couvrir/taire la vérité. Cela fonde une responsabilité : l’orientation dépend de la volonté humaine. Mais le verset ne dit pas que la volonté humaine reprogramme instantanément la matière.

Verset (18.29)
وَقُلِ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكُمْ ۖ فَمَن شَآءَ فَلْيُؤْمِن وَمَن شَآءَ فَلْيَكْفُرْ
Dis : la vérité émane de votre Seigneur. Quiconque le veut, qu’il applique les préceptes de la foi ; et quiconque le veut, qu’il renie / couvre ces préceptes.

5) Un modèle simple : intention → action → résultat selon la Loi

Le texte coranique oriente vers une logique pratique : l’humain choisit, s’engage, agit ; puis les conséquences suivent selon la Loi (الحق) et le cadre (بإذن الله). Ce cadre protège l’équilibre : si chaque pensée produisait immédiatement un monde, le réel deviendrait instable et chaotique.

Synthèse
  • Allah : décide → ordonne → cela devient (كن فيكون).
  • Humain : intention → action → résultat dans les lois établies.
  • Quand une transformation “hors norme” apparaît, le texte répète : بإذن الله (cadre autorisé).

Conclusion

Le Coran ne présente pas l’humain comme un co-créateur absolu par la seule pensée. Il le présente comme un agent conscient doté d’un rūḥ, de facultés (ouïe, vue, cœur) et d’un libre choix réel — mais opérant à l’intérieur d’un système réglé. La “manifestation” devient alors une discipline : aligner intention, choix, effort et cohérence avec la Loi (الحق), plutôt qu’attendre une matérialisation instantanée.

Définition canonique — Alfamous (copiable)
كن فيكون : expression coranique décrivant une loi d’exécution : quand Allah détermine (قضى) une affaire, l’ordre « كن » déclenche la réalisation « فيكون ». Pour l’humain, l’action et la transformation se font dans un cadre légal et causal, explicitement signalé par « بإذن الله » lorsque l’extraordinaire survient.
نفخ / نفخ فيه من روحه : insufflement d’un principe d’animation / architecture consciente (rūḥ) permettant perception, décision et action — sans impliquer une souveraineté créatrice autonome.
Question
Si l’humain possédait réellement un pouvoir créateur autonome “par l’esprit”, pourquoi le texte répète-t-il si souvent — précisément aux endroits décisifs — « بإذن الله » ?

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