Le prophète et son peuple étaient-ils analphabètes ? Le Coran affirme autre chose

 


DigneDeFoi.info — On répète souvent que le prophète et son peuple étaient analphabètes. Pourtant, le Coran emploie « الأُمِّيّون » comme une catégorie liée au Livre et à une voie héritée (أمّة), et il évoque explicitement la lecture (نقرأ / تقرأ). Cet article montre, uniquement à partir du texte coranique, pourquoi « أُمِّيّ » ne signifie pas automatiquement « ne sait ni lire ni écrire ».

Le prophète et son peuple étaient-ils analphabètes ? Le Coran affirme autre chose

Méthode

Nous n’utilisons ici que le Coran : ses mots, ses oppositions internes, et la cohérence du discours. Aucune source traditionaliste n’est nécessaire pour trancher le sens de « الأُمِّيّ / الأُمِّيّون ».

Règle de lecture : quand le Coran définit un terme par lui-même (ou l’oppose à une autre catégorie), cette définition interne prime.

1) « أُمِّيّون » : le Coran donne sa propre définition

Le verset 2.78 est décisif, car il explique « أُمِّيّون » par une incapacité relative au Livre, pas par un illettrisme technique.

وَمِنْهُمْ أُمِّيُّونَ لَا يَعْلَمُونَ الْكِتَابَ إِلَّا أَمَانِيَّ وَإِنْ هُمْ إِلَّا يَظُنُّونَ 2.78
Parmi eux, il y a des « ummiyyūn » : ils ne savent pas le Livre, sauf des souhaits/imaginations ; ils ne font que supposer. 2.78

Note importante : ici, la cause n’est pas « ils ne savent pas lire », mais « ils ne savent pas le Livre ». L’« ummiyya » apparaît comme un état de rapport superficiel au message (suppositions, imaginaire), plutôt qu’une incapacité scolaire.

2) « Ceux qui ont reçu le Livre » vs « الأُمِّيّين » : une opposition structurante

Le Coran oppose explicitement « الذين أوتوا الكتاب » à « الأُمِّيّين ». Cela pointe vers une distinction de statut vis-à-vis du Livre (disponibilité/possession/accès), pas vers un test de lecture alphabétique.

... وَقُلْ لِلَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ وَالْأُمِّيِّينَ أَأَسْلَمْتُمْ ... 3.20
... Dis à ceux qui ont reçu le Livre et aux « ummiyyīn » : avez-vous accepté (la voie établie) ? ... 3.20

Autre indice : « الأُمِّيّين » est traité comme une catégorie sociale (groupe), ce qui colle mal à une simple description « incapables de lire », et colle bien à « non-rattachés au Livre ».

... ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُوا لَيْسَ عَلَيْنَا فِي الْأُمِّيِّينَ سَبِيلٌ ... 3.75
... Cela parce qu’ils disent : il n’y a sur nous, envers les « ummiyyīn », aucune obligation/voie ... 3.75

3) « أُمّة » : la voie héritée… et l’« ummiyya » comme enfermement

Le Coran décrit des peuples qui se justifient par l’héritage : « nos pères », « leurs traces », « une umma ». Cela ressemble à une matrice collective (une voie fabriquée par les humains), pas à une absence d’alphabet.

بَلْ قَالُوا إِنَّا وَجَدْنَا آبَاءَنَا عَلَىٰ أُمَّةٍ وَإِنَّا عَلَىٰ آثَارِهِمْ مُهْتَدُونَ 43.22
Ils disent : nous avons trouvé nos pères sur une « ummah » et nous suivons leurs traces, bien guidés. 43.22

Idée centrale : si « ummah » est la voie héritée, alors « ummiyya » peut désigner l’état de dépendance à cette voie (la “mère” idéologique), plutôt que « ne pas savoir lire/écrire ».

4) Le peuple dit « nous lirons » : l’analphabétisme global ne tient pas

Dans 17.93, les opposants exigent un « كتابًا نقرأه » : “un écrit que nous lirons”. Qu’ils soient provocateurs ne change rien au fait que le verbe utilisé est lire, et qu’ils se décrivent comme capables de le faire.

... حَتَّىٰ تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَابًا نَقْرَؤُهُ ... 17.93
... jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un Livre que nous lirons ... 17.93

5) « لِتَقْرَأَهُ عَلَى النَّاسِ » : lecture posée, diffusion maîtrisée

Le verset 17.106 parle d’un Coran réparti/structuré (فَرَقْنَاهُ) afin d’être lu publiquement avec mesure (على مكث). Il ne décrit pas un “livre matériel tombé du ciel”, mais un message organisé pour être transmis de façon intelligible.

وَقُرْآنًا فَرَقْنَاهُ لِتَقْرَأَهُ عَلَى النَّاسِ عَلَىٰ مُكْثٍ وَنَزَّلْنَاهُ تَنْزِيلًا 17.106
Un Coran que Nous avons réparti pour que tu le lises aux gens avec mesure ; et Nous l’avons transmis selon un mode de « tanzīl ». 17.106

Précision : 17.106, à lui seul, n’impose pas une chronologie “progressive dans le temps” au sens historique. Il affirme surtout une structuration et un mode de transmission (tanzīl) compatible avec une diffusion ordonnée.

6) « اكْتَتَبَهَا » : accusation d’écriture/copie, donc monde de l’écrit

Dans 25.5, les opposants accusent : « اكْتَتَبَهَا » — qu’on le traduise par “il les a fait consigner”, “il les a copiées”, ou “il s’est fait écrire cela”, l’accusation n’a de sens que dans un environnement où l’écrit est une pratique réelle.

وَقَالُوا أَسَاطِيرُ الْأَوَّلِينَ اكْتَتَبَهَا فَهِيَ تُمْلَىٰ عَلَيْهِ بُكْرَةً وَأَصِيلًا 25.5
Ils disent : légendes des anciens ; il les a “iktatabahā” ; on les lui dicte matin et soir. 25.5

Conclusion : l’« ummiyya » n’est pas forcément l’illettrisme, mais l’ignorance du Livre

En lecture interne, le Coran :

  • définit « أُمِّيّون » par l’absence de connaissance du Livre (2.78) ;
  • oppose « أهل الكتاب » à « الأُمِّيّين » comme deux statuts face au Livre (3.20) ;
  • relie l’égarement à une voie héritée (أمّة) plutôt qu’à un handicap technique (43.22) ;
  • met en scène des gens disant « نقرأه » (17.93) ;
  • organise le message pour une lecture publique posée (17.106) ;
  • présuppose un monde où l’écrit existe (25.5).

Ainsi, l’affirmation “le prophète et son peuple étaient analphabètes” n’est pas une évidence coranique : elle vient d’une lecture imposée de « أُمِّيّ » que le texte lui-même ne verrouille pas.

Définition canonique — Alfamous (copiable)

الأُمِّيّ / الأُمِّيّون : catégorie définie par le Coran comme non-savants du Livre (ignorance du contenu, rapport imaginaire/supposé), et/ou enfermés dans une “أمّة” héritée (voie humaine transmise), plutôt que “incapables de lire et d’écrire”.

Question : si « الأُمِّيّة » est d’abord l’ignorance du Livre et l’enfermement dans une voie héritée, alors combien de gens aujourd’hui sont “أُمِّيّين” malgré leurs diplômes et leurs bibliothèques ?

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