Une idée dangereuse est souvent une idée juste

Du ridicule à l’évidence le destin des idées qui dérangent






L’histoire humaine révèle une constante frappante : lorsqu’une idée nouvelle surgit, surtout lorsqu’elle remet en cause un ordre établi, elle traverse presque toujours la même trajectoire. Elle est d’abord tournée en ridicule, puis perçue comme dangereuse et combattue, avant d’être finalement admise, parfois même considérée comme évidente.

Ce schéma se vérifie de manière exemplaire dans l’histoire des messagers, mais aussi dans celle des penseurs et réformateurs qui ont bouleversé les certitudes de leur époque.

1. Le cas emblématique de Mohammed

Lorsque Mohammed commence à transmettre son message, la réaction de son environnement est immédiate et révélatrice. On ne discute pas d’abord le fond de son discours : on le disqualifie.

Il est qualifié de sāḥir (ساحر) — illusionniste, manipulateur —, de menteur, de poète exalté ou de fou. Ce qualificatif n’est pas anodin : il suggère que son discours agit sur les esprits, qu’il trouble l’ordre social.

Autrement dit, on reconnaît implicitement la puissance de son message, tout en refusant d’en examiner la légitimité. Tant que l’idée peut être ridiculisée, elle n’oblige personne à se remettre en question.

Mais lorsque ce message commence à convaincre, à transformer les rapports sociaux et à menacer les équilibres économiques et symboliques, le ridicule ne suffit plus.

La réaction devient alors ouverte et violente : marginalisation, persécution, boycott, puis affrontement. À ce stade, Mohammed n’est plus risible : il est devenu dangereux.

Pourtant, avec le temps, ce qui était combattu finit par être largement admis, puis institutionnalisé. L’idée autrefois rejetée devient norme, parfois même vérité indiscutable.

2. Une trajectoire commune aux autres messagers

Cette dynamique ne se limite pas à un seul cas. Jésus est d’abord perçu comme un faux messie, accusé de blasphème, puis exécuté comme agitateur. Ce n’est qu’après coup que son message devient central pour toute une civilisation.

Moïse, de son côté, est présenté par le pouvoir pharaonique comme un perturbateur et un magicien, c’est-à-dire comme une menace directe pour l’ordre politique et religieux établi.

Dans tous ces cas, le vocabulaire employé par les dominants est révélateur : la vérité n’est pas rejetée parce qu’elle serait absurde, mais parce qu’elle dérange des équilibres existants.

3. Le même mécanisme hors du champ religieux

Ce schéma se retrouve bien au-delà du religieux. Galilée est d’abord moqué, puis condamné, pour avoir affirmé que la Terre tourne autour du Soleil. Aujourd’hui, cette affirmation paraît évidente ; hier, elle était jugée subversive.

De même, les idées de Darwin sont caricaturées et combattues avant de devenir le socle de la biologie moderne. Ce qui choque n’est pas l’erreur, mais la rupture avec une vision figée du monde.

4. Conclusion un critère de discernement

Toute idée combattue n’est pas nécessairement fausse. L’opposition qu’elle suscite ne constitue ni une preuve de vérité, ni une preuve d’erreur.

En revanche, l’histoire montre qu’une idée réellement transformatrice est presque toujours d’abord ridiculisée, puis combattue, avant d’être admise.

Ainsi, face à une idée nouvelle, la question pertinente n’est pas : « Est-elle conforme à ce que l’on croit déjà ? » mais plutôt : « Qu’est-ce qu’elle dérange exactement ? »

C’est souvent là que se révèle sa portée réelle.

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