Quand un régime subventionne la foi et abandonne la raison
Un régime ne s’effondre pas toujours sous les coups d’une révolution. Il peut aussi mourir d’absurde, de déni et de mise en scène permanente. L’Algérie d’aujourd’hui offre un exemple presque scolaire de ce processus.
Un pouvoir qui confond la réalité avec le théâtre
Lorsqu’un président affirme publiquement que 1 dinar vaudrait 140 dollars, puis promet de faire mieux pour atteindre 1 dinar = 100 dollars, on pourrait croire à une simple erreur. Mais lorsque tout un parlement applaudit, l’erreur devient un symptôme.
Ce n’est plus une faute économique, c’est la preuve qu’il n’existe plus aucun contre-pouvoir, plus aucune compétence audible, plus aucune exigence minimale de cohérence.
Un État solide corrige ses chiffres. Un État fragile applaudit n’importe quoi.
Subventionner le hadj : une décision politique, pas religieuse
La décision de subventionner le hadj à hauteur de 10 millions de centimes par pèlerin est présentée comme un geste de soutien à la foi. En réalité, elle révèle exactement l’inverse.
Le principe est pourtant clair : le hadj n’est requis que pour celles et ceux qui en ont les moyens. Subventionner ce rite avec de l’argent public revient donc à :
- financer un acte non essentiel avec des fonds collectifs,
- aider des personnes qui n’en ont pas besoin,
- et détourner l’argent de priorités vitales comme l’éducation et la recherche.
Une foi sincère n’a pas besoin de subventions. Lorsqu’un pouvoir subventionne la foi, ce n’est pas pour la spiritualité, mais pour le contrôle symbolique.
Omra, récompenses pieuses et fabrication de la docilité
Transformer l’Omra en récompense automatique — y compris pour des lauréats du baccalauréat — n’a rien d’innocent.
Là où certains pays récompensent l’excellence par : la science, la technologie, la recherche et l’innovation, le régime algérien choisit le rite et l’émotion.
On ne forme plus des esprits libres, on entretient une population reconnaissante, dépendante, et peu exigeante intellectuellement.
Un transfert massif d’argent public vers l’extérieur
Ces subventions ne créent ni emplois, ni savoir, ni valeur durable en Algérie.
Elles alimentent des circuits économiques étrangers, pendant que les écoles se dégradent, que les universités se vident, et que les cerveaux s’exilent.
Ce choix n’est ni religieux, ni social. Il est idéologique.
Un régime structurellement condamné
Le régime algérien ne souffre pas seulement de corruption ou d’autoritarisme. Il souffre d’une maladie plus grave : l’abandon de la raison comme principe de gouvernance.
Il ne produit plus de projet, seulement des slogans. Il n’investit plus dans l’intelligence collective, mais dans la mise en scène.
Les régimes de ce type ne tombent pas toujours dans le fracas. Ils se vident lentement, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un décor sans avenir.
Conclusion
Un pouvoir qui subventionne les rites et appauvrit la raison prépare toujours sa propre disparition.

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