Masculin et féminin dans le Coran : catégories fonctionnelles, non biologiques

Ce n’est pas le Coran qui est patriarcal, c’est sa lecture grammaticale

Dans le Coran, le masculin et le féminin ne sont pas d’abord des catégories sexuelles. Ce sont des formes opératoires du langage servant à structurer des états, des fonctions, des positions et des dynamiques (adhésion, examen, protection, exposition, responsabilité).

Principe directeur : ne pas sexualiser un terme tant que le texte n’a pas lui-même sexualisé la situation.


Précision méthodologique fondamentale : langue, grammaire et logique

Il est essentiel de rappeler un fait souvent ignoré : la langue arabe avec ses règles grammaticales codifiées a été construite postérieurement au texte coranique.

La grammaire arabe n’est donc pas la source du Coran, mais une tentative humaine tardive de description. Elle a été élaborée dans un contexte historique, culturel et idéologique précis, et ne peut être érigée en autorité normative sur le texte.

À ce titre, la langue arabe courante — comme toute langue naturelle — relève de ce que le Coran qualifie de ʿajamī : un mode d’expression non systémique, évolutif, dépendant de l’usage, de la culture et de l’interprétation.

ʿAjamī ne signifie pas « étranger » ou « non arabe » au sens ethnique, mais non formalisé, non rigoureusement structuré, contrairement à un langage logique.

À l’inverse, le Coran se présente comme un discours ʿarabī, non pas au sens ethnique ou linguistique moderne, mais au sens de discours sophistiqué, cohérent et rationnel.

De ce point de vue, le Coran se rapproche davantage de :

  • un système logique,
  • un langage mathématique,
  • ou un langage de programmation,

où chaque terme, chaque forme grammaticale, chaque variation répond à une nécessité de sens, et non à une convention sociale ou culturelle fluctuante.

Par conséquent, imposer au Coran les règles d’une grammaire arabe tardive revient à :

  • inverser l’ordre logique (outil → texte),
  • figer un discours dynamique dans des catégories culturelles,
  • produire des contresens, notamment sur les questions de genre.

👉 Le Coran ne se lit pas à travers la grammaire. 👉 La grammaire doit être corrigée, ajustée ou dépassée par le Coran lorsque le texte l’exige.


Masculin et feminin comme categories fonctionnelles

1) Le feminin grammatical : adhesion, reception, entree

Dans de nombreux contextes coraniques, le feminin grammatical sert a designer :

  • La un groupe qui entre dans un etat,
  • une categorie en formation,
  • des personnes placees sous examen, protection ou engagement.

المؤمنات

المحصنات

الغافلات

اليتيمات (dans certains contextes)

👉 Ici, le feminin fonctionne comme une forme d’inclusion collective, non comme un marqueur biologique automatique. C’est pourquoi المؤمنات peut designer ceux et celles qui commencent l’iman, tant qu’aucun marqueur biologique explicite n’est ajoute.

2) Le masculin grammatical : initiative et responsabilite exposee

Le masculin grammatical est souvent utilise pour :

  • l’interpellation generale,
  • l’action publique,
  • la responsabilite exposee,
  • le discours normatif.

يا ايها الذين امنوا

الذين كفروا

الذين يرمون

👉 Cela ne signifie pas « hommes seulement ». Le masculin joue souvent le role de forme non marquee, englobante par defaut.

3) Attention majeure : رجال / نساء ≠ hommes / femmes

رِجَال (rijal)

Dans le Coran, رجال ne signifie pas mecaniquement males adultes. Le terme renvoie souvent a une fonction debout, une posture de solidite et de responsabilite.

رِجَالٌ لَا تُلْهِيهِمْ تِجَارَةٌ وَلَا بَيْعٌ

👉 Il s’agit d’une posture ethique et fonctionnelle, non d’une description anatomique.

نِسَاء (nisaʾ)

De meme, نساء renvoie souvent a une categorie relationnelle : dependance, prise en charge, rattachement a un systeme.

نساء النبي

👉 L’expression designe des personnes rattachees a une fonction et a une responsabilite collective, non necessairement des epouses biologiques.

4) Pourquoi « فتياتكم » est decisif

﴿ مِنْ فَتَيَاتِكُمُ الْمُؤْمِنَاتِ ﴾

Le texte n’emploie pas « نسائكم » mais ajoute فتياتكم. Or فتاة renvoie clairement a une restriction biologique. C’est la preuve interne que المؤمنات, seul, n’est pas sexue par defaut.


Conclusion

Le Coran n’encode pas le monde en hommes contre femmes. Il structure le discours selon des positions, des etats et des niveaux de responsabilite. Le biologique n’apparait que lorsqu’il devient pertinent, et alors le texte le nomme explicitement.

👉 Ce n’est pas le Coran qui est patriarcal. 👉 C’est une lecture grammaticale tardive qui a sexualise abusivement ses categories.

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